Entrevue avec Jason Michael Paul de Symphony of the Goddessess

par Mario J. Ramos

Le 30 mai dernier, j’ai eu la chance d’assister au concert Symphony of the Goddesses à la Place des Arts. Ce concert, qui a été créé à l’occasion du 25e anniversaire de la franchise The Legend of Zelda, en est à sa 3e édition.


Il s’agit d’un concert avec orchestre symphonique qui reprend de la musique tirée des divers et nombreux jeux de toute l’histoire de Zelda, conduit par la chef d’orchestre Amy Anderson.


Il s’agit aussi d’une expérience multimédia. En effet, des images de moments clés des jeux sont projetées en haute résolution sur un écran géant au-dessus de l’orchestre. Ce qui rend l’expérience vraiment satisfaisante, c’est le fait que les vidéos ne sont pas aléatoires, mais bien des moments soigneusement choisis qui sont synchronisés avec la musique.


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À la fin du concert, le public, déjà en délire, a eu droit a pas moins de trois encores !


Pour résumé mon appréciation du concert: j’ai eu des frissons du début à la fin.


Avant le concert, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Jason Michael Paul, le producteur de Symphony of the Goddesses; un pionnier et déjà un vétéran dans la production de concerts inspirés de jeux vidéo.


L’entrevue s’est déroulée en anglais; en voici la traduction en français:


Vous avez produit plusieurs concerts inspirés de l’univers de jeux vidéo. Qu’est-ce qui vous attire dans la musique de jeux vidéo ?


Jason : Je fais ça depuis 2004 et j’ai tout simplement le sentiment que c’est ma vocation. À l’époque, ce n’est pas quelque chose qui était commun, alors j’avais vraiment l’impression d’être à l’avant-garde et de faire quelque chose que personne d’autre ne faisait. Dix ans plus tard, c’est ce que je fais encore. Je le fais mieux, espérons-le, et de façon plus professionnelle. C’est une passion. C’est une idée qui a simplement évolué et qui est devenue une passion. Professionnellement et artistiquement, ça me représente. Aussi, je ne suis pas si vieux, alors c’est un sujet qui est pertinent et qui touche les gens de ma tranche d’âge. Je pense faire une contribution importante à quelque chose qui me passionne.


Ce soir, c’est la 3e version du concert de Symphony of the Goddesses. Pour certains, ce sera leur première fois. Pour d’autres, la 2e ou 3e fois. Quelles sont les nouvelles expériences qui les attendent ?


Jason : Cette version propose de la musique qui n’a pas fait partie des premières tournées. Par exemple, le Boss Battle Medley qui a été créé pour le 25e anniversaire de la franchise, fait maintenant partie du concert. Il y a de la musique provenant de A Link Between Worlds, qui est un nouveau jeu. Il y a aussi plus de musique de Wind Waker, compte tenu la sortie récente de Wind Waker HD, et, bien sûr, de Majora’s Mask 3D. Il y a beaucoup de nouvelles pièces et de messages vidéo de messieurs Myamoto, Aonuma et Koji Kondo lui-même. C’est une expérience encore plus personnalisée et qui raconte une histoire.


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Pensez-vous que ce concert peut plaire à des non-joueurs ou simplement des amateurs de concerts plus classiques ?


Jason : Absolument. Le concert a été pensé avec cette intention en tête. L’idée est que le concert peut plaire à n’importe qui et, idéalement, d’attiser la curiosité d’un non-joueur à vouloir essayer le jeu ou à en écouter la musique. De la façon que le concert est présenté, le public traditionnel de concerts classiques y trouvera également son compte sans nécessairement être des connaisseurs de Zelda.


En tant que producteur, quel est votre plus grand défi quand vous amenez ce type de musique en concert ?


Jason : Le plus grand défi est de s’assurer que les représentations puissent avoir lieu ! Par exemple, celle-ci représente un an de travail. On a plus de 125 personnes qui travaillent sur cette production, des techniciens d’arrière-scène à des gens comme Julie Gagnon de Julie Gagnon Communications. Beaucoup de choses doivent être mises en place pour un événement d’une seule soirée. C’est beaucoup de travail, mais on est habitués maintenant. Des défis qui étaient énormes au début sont maintenant relativement petits, car on a pris beaucoup d’expérience avec le temps. Mon plus grand défi vient de ma propre motivation à toujours aller plus loin. Je vois des choses, que le public ne voit pas nécessairement, mais que je veux toujours améliorer. Je suis mon plus grand critique. J’essaie toujours aussi de rendre les choses plus faciles en améliorant la technologie, par exemple. Je suis mon propre défi, car je suis très difficile!


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Évidemment, ce genre de concert attire un public différent que des concerts symphoniques classiques. Ce public a une énergie différente. Comment est-ce que cette énergie change votre approche dans la conceptualisation du concert ?


Jason : La première chose que j’essaie toujours de faire, c’est de défaire ces barrières. Dans la première partie du concert, quand je m’adresse à l’audience, j’essaie de défaire ces notions qui viennent des concerts symphoniques traditionnels. J’invite l’audience à participer. S’ils entendent quelque chose qu’ils aiment, et si le moment est approprié, je veux qu’ils démontrent leur appréciation. Ce n’est pas aussi silencieux et solennel qu’un concert symphonique traditionnel. J’encourage les amateurs à participer autant qu’ils le veulent, tant que ça n’affecte pas l’appréciation des autres et qu’ils choisissent les bons moments pour montrer leur enthousiasme. Je travaille fort là-dessus parce que c’est important.


Quel est le plus grand défi d’un tel concert, d’un point de vue musical ?


Jason : Le plus grand défi c’est que beaucoup de ces musiciens ne sont pas habitués à jouer de la musique de jeux vidéo. C’est nouveau pour eux. Ce ne sont pas les classiques qu’ils sont habitués de performer. Qu’ils viennent du milieu classique ou du milieu pop, c’est quand même du nouveau. C’est le plus grand défi. Évidemment, ces musiciens sont des perfectionnistes, mais il y a peu de temps de préparation. Le temps c’est de l’argent. C’est très vrai dans ce milieu. Nous avons l’orchestre pour seulement un nombre de minutes déterminé. Avec mon expérience et mon réseau de contacts, j’ai accès à des musiciens très talentueux et d’expérience, pour qui ces défis ne sont pas aussi grands à surmonter. Je suis très fier de cela. Ils ont l’expérience de voir et régler les problèmes avant même qu’ils ne surviennent.


Vous avez travaillé sur des concerts de Final Fantasy et maintenant Zelda. Y a-t-il d’autres franchises de jeux vidéo que vous aimeriez transformer en concert ?


Jason : Oui ! Définitivement. J’ai travaillé avec ces deux franchises individuellement, mais j’ai aussi produit des concerts qui présentaient un catalogue de musique de diverses franchises, tels que Play! A videogame symphony et rePlay: A symphony of heroes. Il y a un grand marché pour cela et je vais continuer à produire des concerts de cette nature. J’espère que le public y verra une certaine valeur et remplira les salles autant que pour Final Fantasy et Zelda. Alors, oui, j’espère continuer dans cette veine et éventuellement toucher à d’autres titres qui mériteraient le même traitement, tels que Metroid et Castlevania !